Je ne me souviens absolument pas comment lui avais-je demandé de rester chez lui, sans que personne ne soit au courant et qu'on ne me pose aucune question. Je pense qu'il devait voir que quelque chose se tramait. Peut-être avait-il vu aux informations ma maison brûler. Il ne la jamais vu et n'aurait évidemment pu deviner qu'il s'agissait de cette maison d'où je l'appelais tous les soirs de notre courte amitié de collégiens. Néanmoins j'avais passé la soirée silencieuse à regarder Jonathan jouer à des jeux dont j'ignorais l'existence tout comme certaines de ses consoles d'ailleurs ! Nous étions tout deux silencieux jusqu'à ce qu'il reçoive un appel lui intimant de sortir pour le reste de la soirée. Bêtement cette situation m'arrangeait ce qui me permit de le convaincre de me laisser son appartement. Après tout je ne souhaitais qu'une chose : rester au calme. Il refusa un long moment avant que son portable ne sonne pour la troisième fois. Son visage marquait son inquiétude à me laisser seule chez lui mais il abdiqua et partit aux environs de vingt-trois heures après ses dernières recommandations. Son frère n'arrivait qu'au matin et j'avais interdiction d'ouvrir.
Prenant un peu plus d'aise, je m'allongeai sur le canapé, dans le noir. Les derniers événements s'embrouillaient dans ma tête. Était-on samedi ou dimanche ? J'allumai la télévision après avoir cherché la télécommande que Jonathan avait laissé sur le canapé. Il n'avait osé me demander plus que si ça allait et ce que je devenais. Les informations parlaient de ma maison. Leur théorie principale : en l'attente du retour des parents, leur jeune fille, en conflit avec eux avait mis le feu à la maison tout entière. Heureusement que les voisins étaient partis en voyage avec mes parents. Quelle idée d'aller visiter la Chine à cette période et sans moi ! A l'heure qu'il est maman et papa devaient être en salle d'interrogatoire. Les pauvres. J'avais subitement besoin de boire. A tâtons, je mis plusieurs minutes à chercher une lampe ou bien un interrupteur sans succès notable. Je trébuchai même sur mon sac qui m'inspira une brillante idée : la lumière de l'Ipod. Je branchai également mes écouteurs sur « Circles ». Cette chanson semblait m'envoûter. Elle raisonnait dans ma tête tel un appel plaintif et lointain. Une fois dans la cuisine je trouvai l'interrupteur et me mis à la recherche de bouteilles quelconques. Je réussis à trouver la Vodka. Moi qui d'habitude n'aimait pas du tout cet alcool je me retrouvais aujourd'hui à l'avaler à même le goulot de bouteille. Je voulu cesser mais alors que je reposai la bouteille l'image de Vincent me revient à l'esprit. Je me mis à pleurer et repris ma boisson pour mieux oublier. Une dizaines de minutes plus tard mes yeux étaient lourds et à chaque fois que je fermais les paupières j'y voyais son corps contre le mien. Je sentais ses caresses, ses baisers. Je ne voulais pas me souvenir ! La nuit, la chouette, les rats et ce bruit sourd. J'avais des sueurs froides qui me parcouraient le corps. Tout semblait tourner et mon esprit était incapable de mettre un ordre chronologique à toutes ces images qui me parvenaient. Le voyant d'un lecteur indiquait qu'il était minuit. Il fallait que je dorme. Je tentai tant bien que mal de me concentrer sur l'image du banc, près du château avec lui. Je m'entendis pleurer avec un une sorte d'écho comme si je me voyais de l'extérieur. Je faisais pitié et j'entendis de nouveau ce bruit sourd. La lumière du jour me brûlait les yeux et je voyais les fourmis dans leurs marches Je finis par m'endormir sur le grand canapé rouge. Je me réveillai en sursaut. Il était cinq heures du matin. C'était la détonation qui m'avait fait sursauter. Mon corps était moite et sûrement couvert de transpiration. Je titubai jusqu'à la salle de bain pour me débarbouiller la figure comme si cela suffirait à effacer toutes ces images macabres. Alors que je me passais de l'eau sur le visage quelqu'un est entré dans la salle de bain, j'étais seule dans l'appartement, j'ai crié. Oui c'est vrai ma première rencontre avec le grand frère de Jonathan s'est passée ainsi. Adrien était d'autant plus surpris qu'il ignorait totalement ce que ma présence ici signifiait alors que l'appartement était vide. Je dois dire que nous en avions bien rit. Un effet de la vodka sans doute. Je me souviens seulement du moment où il m'a demandé ce que je pouvais bien fuir pour atterrir chez eux. J'avais simplement dit une partie des inculpations contre moi :
- J'ai mis le feu chez moi avant de tuer quelqu'un ça te va ?
Il m'avait ri au nez avant de se présenter et me souhaiter la bienvenue. Étrange créature ce garçon-là...
À moins que l'homme ne m’ait reconnu j'étais bien morte cette nuit là et je devais le rester.