J'entendais des rires dans l'appartement. Le soleil illuminait le salon. Ma tête était lourde et prête à exploser. Je me levais, me guidant de leur voix pour les découvrir dans la cuisine, en train de jouer aux cartes. Ils me dévisagèrent, à la fois surpris et mal à l'aise.
- J'ai la tête dans le cul je sais.
- Ça se voit la miss. Répondit son frère alors que Jonathan ne savait que répondre. Il est vrai qu'il ne m'avait jamais vu au réveil. Adrien me proposa ensuite un repas spécial gueule de bois. Se moquant de moi avec son petit frère.
Nous rîmes ensembles sur des sujets divers et sans importances. En fait je n'aurais jamais cru être aussi bonne actrice, cela ne devait rien avoir d'étonnant car j'avais déjà suivi des conversations en montrant une façade joviale pour sauver les apparences. Lorsqu'ils étaient là tout allait bien. Je souriais, je riais c'est le soir arrivant que garder mon masque était plus dur. J'étais dans l'entre deux. Je souffrais. J'avais envie de dire à quelqu'un ce qui m’était arrivée mais j'avais promis. Je ne pouvais pas risquer leur vie. Pendant qu'ils regardaient la télévision ou jouaient, je me voyais fixant le vide, leur dire : laissez-moi m'excuser sur ce que je vais vous dire. Et à chaque fois où j'imaginais la scène, me revenait une perpétuelle question : pourquoi avais-je rêvé de ce chien ? C'était il y a longtemps, je ne m'en souvenais même pas ! Quel était l'intérêt ? N'avais-je pas assez souffert ces deux derniers jours !
Chaque soir j'allais devant la porte de Jonathan, j'hésitais à frapper pour entrer avant de me raviser. J'avais beau tenté d'être quelqu'un d'autre il ne me faisait pas confiance comme avant. Je pense qu'avec les jours et le temps passé ensemble la situation s'améliorera.
Deuxième nuit depuis mon arrivée ici. Afin d'éviter le problème de la nuit précédente je choisissais avec minutie mes musiques. C'est donc en écoutant « On Fire » de Switchfoot que je m'endormis, du moins j'essayais. Dans mon subconscient, j'étais en proie aux flammes, celles qui brûlaient ma chambre, ma maison, ma vie. Je voyais le bougeoir en verre que Vincent m'avait offert. Je le voyais noircir, je m'étais toujours demandée si au contact du feu le verre explosait ou fondait tout simplement. Je n'avais toujours pas la réponse. Il fallait que je ferme les yeux en faisant comme autre fois. Comme lorsque ça n'allait pas. Je les rouvris en entendant sa voix me parlait. Nous étions assis sur le même banc, en face du point d'eau, sous les arbres. C'était mon refuge lors de cauchemar : le souvenir de cette après midi avec Vincent. Je me demande bien ce qu'il a pu devenir ? Aux dernières nouvelles il avait trouvé quelqu'un. J'avais rompu ma promesse avec lui de toute façon. Je m'étais résignée à mourir. Mourir quand en prend-t-on conscience ? J'étais trop petite pour comprendre ce que signifiait la mort de papy et mamie. J'avais un jour construit un cimetière pour les lézards que le chat des voisins attrapait...